Passent les saisons mais les ministres poussent le roi à se remarier afin d'avoir un héritier. L'importance et la recherche d'une utilisation originale de la musique dans les projets à venir de Demy se précisent dès 1963. Les deux rôles tenus par l'acteur présentent des similitudes vestimentaires, avec des manteaux aux manches bouffantes[86],[7], et incarnent l'objet du désir transgressif de l'héroïne : chez Cocteau, Belle ne voit la bête se transformer en homme qu'à regret, et chez Demy la Princesse présente une moue de désappointement en apprenant que son père a des projets de remariage avec la Fée[7]. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Peau d'Âne., Nathan, 1991. Et l'enchantement — teinté parfois d'humour, pour les adultes — va croissant, « une version littérale sans surprise et sans mystère », « complaisants à l'égard de leur propre univers, « quelque chose de […] culturellement européen, […] aujourd'hui impossible à refaire, « un documentaire extrêmement réjouissant et stimulant : une forme cinématographique de « science-en-s'amusant ». L'icône allemande Nastassja Kinski est pressentie dans les haillons de la Princesse et Demy parvient à intéresser le réalisateur et producteur américain Francis Ford Coppola, mais le projet n'a jamais abouti[86],[87]. Cette première version restaurée sort officiellement dans les salles le 22 octobre 2003 ; elle est présentée au Festival de Marrakech ainsi qu'à la Berlinale en 2004[6]. La distinction entre les deux royaumes se poursuit dans les décors. Peau d’âne ne serait pas contre épouser son père. Les images sont restaurées, le film passe au format numérique et le son est remastérisé[107]. Peau d'âne est un film réalisé par Jacques Demy avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig. Elle en descendit et à pied elle continua sa route sans bien savoir jusqu'où cela l'entraînerait. Ce court-métrage muet en noir et blanc reprend le canevas d'une féerie créée en 1838 au théâtre de la Porte-Saint-Martin et qui connut un grand succès populaire tout au long du XIXe siècle, mais pour lequel les auteurs, Émile Vanderburch et Laurencin, avaient modifié l'intrigue afin de ne pas y inclure la dimension de l'inceste : si la Princesse devait y porter une Peau d'âne, c'était pour châtier sa coquetterie et non plus pour échapper aux yeux de son père[n 3]. La scène du cake, qui fait coexister la princesse et la souillon dans un lieu dépourvu du bleu ou du rouge, marque également le milieu du voyage de la jeune fille, momentanément bloquée entre les deux châteaux qui lui sont tous deux inaccessibles, et donc entre deux identités inachevées[152]. Dans un livre somptueux, « Il était une fois Peau d'âne »*, republié dans une version enrichie pour l'anniversaire, elle raconte l'histoire de ce tournage fantastique. En incorporant au motif classique de la fugue des rythmes et des instruments plus modernes (comme les instruments électroniques), Legrand souhaite en effet se démarquer des thèmes médiévaux utilisés précédemment par d'autres films, tels Les Visiteurs du soir de Marcel Carné (1942)[65]. La mise en scène est d'un raffinement extrême, « le charme opère dès les premières images. Défilant par rang social, elles ont droit à un essai chacune, mais la séance s'éternise et le Prince se lasse. Le château du Plessis-Bourré, « château bleu ». La Princesse s'inquiète tout d'abord d'un tel dessein, mais entretient des hésitations, sensible à l'insistance de son père et à l'amour qu'elle-même lui porte. » C'est finalement la peau qui est choisie pour faire la promotion de Peau d'âne sur l'affiche française, au lieu des robes somptueuses qui peuvent apparaître dans les affiches internationales du film[31]. Mon enfant, on n'épouse jamais ses parents ! Il les mettra finalement en scène dans son adaptation de conte suivante, Le Joueur de flûte[40]. Quelques années plus tard, il monte le projet de moderniser Cendrillon, autre conte de Perrault, et d'en jucher l'héroïne sur des patins à roulettes. Le cake que réclame le Prince, utilisant le terme anglais désignant un gâteau, est l'un des nombreux exemples d'ambiguïté : d'aucuns choisissent d'y voir un space cake[88], pâtisserie contenant du cannabis que la famille Demy-Varda avait eu l'occasion d'expérimenter en Californie[10]. Le recours aux artifices semble d'ailleurs la rebuter : ce n'est qu'après avoir épuisé l'idée des robes apparemment impossibles à réaliser que la Fée se résout à concevoir un autre plan nécessitant l'usage de sa baguette magique[51]. La Princesse se résout alors, toujours conseillée par sa marraine, à demander à son père un immense et ultime sacrifice : la peau de l'âne banquier, celui-là même qui fait la richesse du royaume. Elle constitue de fait le personnage le plus subversif du film, surtout par rapport à son équivalent dans le conte : ici, c'est elle qui introduit les anachronismes. Les couleurs, qui imprègnent bien plus d'éléments que les films traditionnels, des chevaux jusqu'à la peau des gardes, sont à rattacher au style vif et aux couleurs tranchées d'Andy Warhol. Le chanteur Jim Morrison, icône des années 1960, se rend également à Chambord accompagné de son ami Alain Ronay, avec qui il a fait des études de cinéma et qui fera de nombreuses photos du tournage, et de Varda elle-même, chez qui il vient de passer plusieurs jours à Paris. », « Votre père n'a pas été très bien dans une affaire qui ne regarde que lui et moi. Les objets exhumés sont autant des fragments de décors ou de costumes (polystyrène, planches, fragments de miroir, perle bleue, strass) que des éléments techniques du tournage (tessons d'ampoules bleues utilisées par la scripte). Il en est de même lorsqu'elle revêt la peau de l'âne : c'est un miroir qui lui sert à déplorer sa transformation. Outre le repère de la Fée des lilas, c’est la cabane dans laquelle la princesse cuisine son fameux cake d’amour qui a retenu l’attention des archéologues. Louis XIV enfant se plaignait à sept ans de ne plus pouvoir s'endormir en écoutant sa nourrice lui raconter Peau d'Âne, et dans Le Malade imaginaire de Molière (édition originale de 1682), la petite Louison en parle. Il n'hésite pas à user de la bonne volonté de ses parents, prêts à tout pour rétablir sa santé inquiétante, en exigeant que Peau d'âne lui cuisine un cake et que soit organisée une séance d'essayage de la bague pour toutes les jeunes filles du royaume, y compris les domestiques au travail[n 22], alors même qu'il sait déjà que le bijou ne peut appartenir qu'à Peau d'âne. Les personnages de l' histoire [modifier | modifier le wikicode]. Le deuxième poème lu est L'Amour, de Guillaume Apollinaire (1880-1918), extrait du Guetteur mélancolique. Il souhaite également se débarrasser de l'étiquette « pastel » généralement attachée à ses films par les spectateurs, en particulier depuis la sortie des Demoiselles : il tient à « essayer de faire simple et vrai comme furent Les Parapluies plutôt que Rochefort »[18]. Le ministre appelle ainsi[126],[7] : Les noms de « La Ségur », en référence à Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur (1799-1874, romancière fameuse pour ses livres pour enfants), et de « La Clèves » (le personnage principal du roman de Madame de Lafayette, citée plus haut) sont également évoqués plus tôt dans le film par Godefroy, l'ami du Prince, qui l'avertit que ces dames ont cherché à le rencontrer. Le fidèle collaborateur de Demy, le décorateur Bernard Evein, a eu du mal à établir un devis, tant les éléments de comparaison manquent pour un film aussi inhabituel que Peau d'âne. Peau d’âne, c’est histoire d’un père qui a perdu sa femme et veut se marier avec sa fille. iStock - JoseIgnacioSoto . Son bonheur était encore confirmé par le choix qu'il avait fait d'une princesse aussi belle que vertueuse ; et ces heureux époux vivaient dans une union parfaite. Dans un premier temps en venant en aide à la princesse car elle lui permet de s'enfuir. Cette troisième collaboration entre Jacques Demy et Catherine Deneuve permet au réalisateur de réaffirmer la force et la singularité de son univers cinématographique, ce « Demy-monde » qui mêle références féériques et poétiques, et à l'actrice de gagner un nouveau rôle de beauté iconique. Cette quête apparaît pourtant à plusieurs égards comme un caprice d'enfant[152] : il feint une maladie que les médecins ne parviennent pas à soigner afin de pouvoir rester au lit en permanence et rêver à la Princesse qu'il a furtivement aperçue dans les bois. C'est dans celui de la Princesse que la Fée apparaît pour la première fois à l'intérieur du château, ayant quitté son repaire forestier. Une princesse, conseillée par sa marraine la Fée, refuse l'amour de son père en fuyant cachée dans une peau d'âne, qu'elle quitte pa Le roi se résout à épouser sa fille. Des décennies après la sortie de Peau d'âne, ses chansons composées par Michel Legrand ne cessent d'être citées dans la culture populaire. D'où ce constat amer de Demy, obligé de restreindre ses ambitions : « Au dernier moment, j'ai dû supprimer un figurant sur deux, un décor sur deux, un costume sur deux, pour pouvoir faire le film. C'est ainsi que Jim Leon est engagé par le réalisateur, rencontré à San Francisco[34], après lui avoir montré comme travaux une sérigraphie de papillon et un dessin érotique évoquant notamment Alice au pays des merveilles. Si les petits sont aussi effacés, dans un univers pourtant dévolu au monde de l’enfance, c’est que les adultes ont pris leur place. Le film est en fait une adaptation de cette dernière, dont l'auteur reste inconnu[117]. Suivant ses conseils, la Princesse exige de son père trois robes impossibles à faire, mais il les fait réaliser. Parce qu’un âne fait bêtement des crottes d’or. Catherine Deneuve et Jacques Perrin sont respectivement doublés, comme dans les Demoiselles de Rochefort, par Anne Germain et Jacques Revaux. Jim Morrison à Chambord Sur le plateau, soufflait d’ailleurs un vent de légèreté. Fille du Roi bleu et désormais orpheline de mère, la Princesse est la seule à correspondre aux critères que respecte son père pour trouver une nouvelle épouse. Enfin, la Fée elle-même doit se plier au jeu du réalisme : si elle décide de confier sa baguette magique à sa filleule, puisqu'il lui en reste encore une en son domaine, il lui faut pourtant l'utiliser une dernière fois pour être capable de disparaître[123]. Ne s'avouant pas vaincue, elle conseille à la princesse de demander à son père qu'il lui offre comme ultime preuve d’amour la peau de l'âne crottant des louis d'or. Peau d'âne est l'un des contes les plus anciens du répertoire populaire. En 1994, Play Time / FGL sort pour la première fois en CD l'intégralité de la musique du film, chansons comprises Dans son palais, partout glaces et tapis. Une autre liberté que prend Demy est celle de faire mention dans le script de grandes figures de la Cour de France, se pressant toutes tour à tour devant le Prince lors de la séance d'essayage de la bague. Le prince, manquant de s'étouffer avec celle-ci, demande immédiatement que toutes les femmes et demoiselles du pays, de la plus noble à la plus humble, viennent essayer la bague au château. » répondent immanquablement : « Avec papa. Dans certaines versions du conte, l'âne dont la princesse porte la peau était un âne magique qui déféquait des pièces d'or et faisait la richesse du roi. Évoquant en 2014 le film de Demy, Rosalie Varda juge en effet qu'il a « quelque chose de […] culturellement européen, […] aujourd'hui impossible à refaire[88]. Extrait de «Peau d’âne» La fée Lilas attendait sa filleule. C'est la première chanson du film, et la seule à s'insérer dans le, Cette chanson, durant laquelle la marraine dit à la princesse de fuir le royaume car, Cette chanson, subversive pour les deux personnages, a des résonances, Pour plus d'informations sur le conte originel qu'a adapté Demy, voir, Le film emprunte des éléments à d'autres contes, tels, Pour plus d'informations sur le film de Cocteau qui a le plus inspiré Demy, voir, Pour plus d'informations sur l'adaptation par Walt Disney du conte, La version du 20 mars 2015 de cet article a été reconnue comme «, « C’est très bizarre, ce père qui veut épouser sa fille, qui s’obstine comme ça et elle qui se cache dans une peau d’âne. Celle-ci est furieuse de l'échec de son dernier stratagème. La musique de Michel Legrand lui semble également trop peu originale par rapport à ses créations précédentes. « J’ai passé plusieurs mois avec Mathieu et Rosalie Demy à restaurer Peau d’âne qui était abîmé. Une princesse, conseillée par sa marraine la Fée, refuse l'amour de son père en fuyant cachée dans une peau d'âne, qu'elle quitte parfois quand elle est seule dans sa cabane au fond des bois. Mais, pour moi aussi, le film avait disparu. L'une des astuces les plus marquantes est celle utilisée pour faire défiler les nuages sur la « robe couleur du temps » de la Princesse. Hector Pascual et son atelier sont responsables des costumes animaliers. On fait alors venir Peau d'âne au château. [...] Les servantes et les femmes de chambre avant les cuisinières, les marmitonnes et les dindonnières à la fin. Le laid est transfiguré et le beau promulgué au nom de « l'amour de l'amour »[131]. Une première version du scénario consistait en effet pour Demy à peupler le royaume de Peau d'âne de pendus, de squelettes et de pestiférés, pour élargir la féérie. Ce jeudi ressort, aux éditions de La Martinière, "Il était une fois Peau d'Âne", livre de Rosalie Varda et Emmanuel Pierrat. Elle rend alors visite à sa marraine, la Fée des lilas (Delphine Seyrig), pour obtenir son conseil. Dans son dernier souffle, celle-ci lui a fait promettre de ne se remarier qu’avec une femme d’une plus grande beauté qu'elle. Le duo récidive en 1967 avec un hommage à la comédie musicale américaine, Les Demoiselles de Rochefort. Le roi accablé pleure la mort de sa femme. Il imagine en tout 28 maquettes pour Peau d'âne[33],[35], ainsi que le paravent dans la salle du trône et l'affiche utilisée pour la promotion du film, fameuses représentations psychédéliques[34]. La course de peau d’âne reste aussi un hommage au cinéaste: une fois habillée de la peau de bête la princesse, désormais nommée peau d'âne, s’enfuit de chez son père en courant, dans une scène filmée au ralenti qui rappelle la scène de l’arrivée de la jeune Belle au château de la Bête[réf. C'est un royaume clos sur lui-même et endogame, à l'image de son château tourné vers la cour intérieure. La moue qu'adopte la Princesse à la nouvelle de ces fiançailles paraît alors exprimer sa déception face à la perte du véritable homme aimé, déception identique à d'autres dans les films de Demy (tels Lola ou les Parapluies de Cherbourg) : selon Anne E. Duggan, avec ce mariage contracté par pures considérations sociales envers un homme ayant une bonne situation, la fin de l'histoire ne satisfait pas nécessairement les désirs non conventionnels de l'héroïne[7]. Sa couleur lilas, c'est-à-dire violette, représente également les « forces occultes » et les « mystères de la connaissance[150] ». Peau d'âne reste cependant le plus grand succès public de la carrière de Demy[n 13]. Enfin, le Bal des chats et des oiseaux, organisé par la Reine rouge, doit accueillir le marquis de Carabas, personnage apparaissant dans Le Chat botté. Et pourtant, le monde ne semble exister que pour le beau : les déjections de l'âne sont valorisées pour ce qu'elles représentent aux yeux du roi, la robe « couleur de temps » demandée sans davantage de précision est confectionnée de sorte à représenter le « beau temps », et la première action de Peau d'âne en entrant dans son nouveau logis est de faire le ménage[152]. Par son discours intergénérationnel, le film acquiert au fil des années un statut culte[88],[10],[20]. La ressortie de l'œuvre restaurée, le 2 juillet 2014, et son exploitation vidéo subséquente à partir de novembre 2014 sont l'occasion de nouvelles diffusions dans les salles, notamment grâce à la maison de production Ciné-Tamaris, qui gère exclusivement les films de Jacques Demy et d'Agnès Varda. Le lit de la Princesse est complètement raté ; on ne l’a pas fait faire là où il aurait fallu. Pourtant, les interactions entre la Princesse et le Prince eux-mêmes sont peu romantiques[162] et semblent davantage relever d'un amour fraternel, en partie incestueux[10] ; et à la fin de l'histoire, au contraire de Perrault qui laisse les deux personnages se réjouir seuls du mariage de la Princesse, Jacques Demy fait du Roi bleu et de la Fée des lilas des amants. La dernière modification de cette page a été faite le 6 janvier 2021 à 11:16. Guidée par cette dernière, la Princesse tente, sans contredire son père, de le dissuader de son projet en lui demandant tour à tour trois présents apparemment irréalisables : des robes d'une extrême complexité de confection, l'une couleur du Temps, l'autre couleur de Lune, et la dernière couleur du Soleil. L'archéologie peut-elle raconter des contes de fée ? L'aspect cyclique des saisons répond également au genre du conte et à la figure de style de la pathetic fallacy : la maladie de la Reine bleue est révélée par le narrateur alors que l'orage gronde au-dehors du château, correspondant à l'automne ; sa mort survient en hiver, son cortège funèbre déambulant dans la neige stérile ; et c'est dans le renouveau du printemps, dans une forêt verdoyante, que la Princesse et le Prince s'aperçoivent et tombent amoureux[119],[120]. Film de 1970 avec Catherine Deneuve ; musique de Michel Legrand ; chanson interprétée par Anne Germain.Je ne possède pas les droits de la vidéo. De même que dans les précédents films de Jacques Demy, les acteurs principaux sont doublés pour les chansons[n 8]. Pourquoi Peau d’âne ? Film de 1970 avec Catherine Deneuve ; musique de Michel Legrand ; chanson interprétée par Anne Germain.Je ne possède pas les droits de la vidéo. Au contraire, le château rouge est plutôt celui de l'ordre, de la soumission à l'homme et à son industrie, et du minéral : la pierre du château est nue et s'offre peu aux décorations, à l'exception de tableaux psychédéliques, similaires à ceux du château bleu, qui associent ainsi les deux royaume et peuvent annoncer plastiquement leur union finale[137],[40]. La « maladie d'amour » que les médecins diagnostiquent au Prince ne tient pas plus de la fantaisie et est sérieusement répertoriée parmi les maladies existantes, et il arrive notamment que la malheureuse victime se voie prescrire un mariage pour y remédier. Mais c'était surtout en sous-main, une injonction à la surréalité au sens esthétique et littéraire, « Tourner avec Demy, ce fut des moments de grâce, des moments de notre vie qu'on n'oublie pas. Ainsi, chaque jour, le roi était plus riche. La Princesse, déguisée en souillon et couverte de la peau de l’âne, se sauve alors dans une ferme. Les costumes (à l'exception de ceux des figurants qui sont loués) sont imaginés par Agostino Pace, sous l'étroite supervision de Jacques Demy. Des restes du coquillage géant et des piliers monumentaux de la clairière de la fée doivent encore être fouillés, alors que le cadre du fameux miroir bleu de la fée a été retrouvé près de la cabane [90]. un coffret regroupant trois films de Demy : une édition intégrale des œuvres de Demy, qui offre pour, la princesse Pioche de La Vergne : c'est le nom de baptême de, la princesse de Monthion : le nom de cette fillette évoque, la duchesse Girard de Saint-Amand : son nom rappelle, la duchesse Antoinette du Ligier de la Garde : cette femme très âgée porte le nom de baptême d', la comtesse Le Métel de Boisrobert : son nom évoque, la comtesse d'Escarbagnas : son homonyme est le personnage principal de la comédie-ballet, la marquise Marie de Rabutin-Chantal : c'est le nom de baptême de la, la comtesse Le Bovier de Fontenelle : son nom évoque, la baronne Mary Wortley Montagu : elle porte le nom de, la baronne Vauquelin de la Fresnaye : son nom rappelle, lorsque la jeune fille en fuite regarde dans le miroir ce qu'il advient du Roi bleu, qui ordonne à ses conseillers de la retrouver. Mais la seule personne capable de rivaliser avec sa beauté n'est autre que sa propre fille, et le roi la demande en mariage. Le château de Neuville, décor des travaux ingrats de Peau d'âne. [...] Il fallait que je la réadapte. Ici, pas de réalisation de l’inceste pour mieux nous rappeler que celui-ci est un interdit majeur, fondateur et culturel. » C’était une très grosse fleur très jolie, en velours floqué rose, qui s’ouvrait quand la Princesse approchait et se refermait lorsqu’elle était couchée dedans. : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. Cette atemporalité ou abolition du temps, qui pour Demy évoque le fantastique[124], se retrouve également dans la musique, par laquelle Michel Legrand mêle Renaissance, jazz et dessins animés à la Disney, et dans les costumes, qui mêlent modes de Louis XV (pour la Princesse et la Reine bleue), d'Henri II (le Prince), du Moyen Âge (les valets) et toiles de Le Nain (les paysans)[30]. Demy paraît dans cette perspective proposer une relecture comique voire parodique de cette scène, magnifiant le fossé entre la Princesse vêtue d'une robe splendide mais peu pratique et son double drapé d'une peau de bête[169]. Dans un entretien avec Denise Glaser, il fait part de son désir de réaliser un film « en chanté » (c'est-à-dire entièrement chanté)[63], ce qu'il accomplira l'année suivante avec Les Parapluies de Cherbourg, dont il écrit les paroles sur une musique de Michel Legrand, collaborateur attitré de Demy depuis son premier long-métrage (Lola, en 1961)[n 7]. Lors des visites d'Agnès Varda sur le tournage, celle-ci prend soin de filmer les coulisses. Alors on a fait tout ce qui fallait faire pour l’image et pour le son. Se montrant discrète sur le tournage, la vedette signe néanmoins un autographe pour Duncan Youngerman, le jeune fils de Delphine Seyrig. Lorsque la procession prend fin, l'anneau ne s'est glissé à aucun doigt. La préparation du film va s'étaler sur « six à huit mois[24] », non sans quelques problèmes de budget (voir plus bas). La ressemblance entre la Fée et la belle-mère maléfique de l'adaptation par Disney est accentuée par d'autres similitudes comme la composition chromatique de l'image et la collerette de la robe. Les petites feuilles indiquent le niveau d’écoresponsabilité du contenu. Mais au contraire du conte, si ici le Roi prend, seul, la décision d'épouser sa fille, celle-ci n'y répugne pas et oppose aux arguments de sa marraine son propre amour pour son père[160], poussant ainsi certains critiques à évoquer le complexe d'Électre au sujet de l'attirance d'une fille pour son père. La salissure ressentie par l'enfant est ici matérialisée par la peau d'âne, vêtement répugnant qu'elle choisit de porter et qui lui vaut son surnom - on ne connaît pas à cet égard son véritable prénom. La version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue en 1694, puis rattachée aux Contes de ma mère l'Oye à partir de l'édition de 1781, « première édition complète ». Le Prince, quant à lui, est à la recherche du grand amour et se voit guider par une rose sensuelle aux lèvres charnues et érotisées (personnifiée à l'image des femmes-fleurs de Grandville[163]) qui lui indique le chemin pour trouver la Princesse. « C’est, lui dit-on, Peau d’Âne, en rien Nymphe ni belle Et que Peau d’Âne l’on appelle, À cause de la Peau qu’elle met sur son cou ; De l’Amour c’est le vrai remède, La bête en un mot la plus laide, Le conte et son adaptation peuvent ainsi donner une vision réaliste du contexte historique, qui se traduit notamment par une représentation des classes sociales : le Prince s'interroge sur les souillons vivant dans la crasse, et la souillon en question empeste tant qu'elle provoque un évanouissement lors de la séance d'essayage de l'anneau. La barbe du Roi rouge est d'ailleurs parsemée de fleurs, rappelant le surnom de Charlemagne, « l'empereur à la barbe fleurie »[29]. Elle observe de loin le personnage interprété par Catherine Deneuve trimer dans la cour de la ferme : une scène difficile à jouer, à cause de l'inconfort des costumes (les sabots, les lourds seaux à porter), de la forte chaleur et de la pestilence du fumier[4]. Elle réemploie la partition originale de Michel Legrand, qui a composé pour l'occasion dix minutes inédites de musique, et à qui le public fait une ovation lors de la toute première représentation. [75]. L'iris se concentre sur le visage troublé de. Sa vivacité et surtout sa coquetterie semblent en partie héritées de l'adaptation du conte en vaudeville dans les années 1860-1870 : dans les deux œuvres, la Fée se plaint d'être surprise par sa filleule alors qu'elle n'a pas encore achevé sa toilette, puis lui conseille d'éviter les larmes pour préserver sa beauté[7]. » Ce n'est d'ailleurs que lors de son départ du château qu'elle obtient enfin un véritable nom, « Peau d'âne », elle qui auparavant n'était désignée que par son titre et son lien avec son père. Demy joue aussi avec les potentialités du matériel technique et n'hésite pas à placer la caméra à l'envers ou à inverser la pellicule au montage pour obtenir certains effets sans pour autant que l'image soit sens dessus dessous. Demy laisse finalement sa place à Guy Green : « j'avais surtout envie de rentrer en France pour y faire Peau d'âne que j'avais déjà en tête depuis un moment. Mais, par une mise en abyme des principes des contes de fée, Peau d'âne décide de ne pas attendre le secours d'un prince charmant et choisit de prendre sa destinée en main : « Si un prince charmant ne vient pas m'enlever, je fais ici serment que j'irai le trouver moi-même[145]. Catherine Deneuve aura en tout joué dans quatre films de Demy : « Mon père pourrait mettre un peu d'ordre dans les affaires du royaume. Ce qui nous a valu des fous rires dont on peut détecter la trace dans quelques scènes du film. Peau d’Âne s’y cache. Un long-métrage réalisé par Jacques Demy et dont l’intégralité des chansons et de l’orchestration est assurée par le compositeur Michel Legrand. Ces restaurations bénéficient notamment du soutien financier des régions dans lesquelles le tournage a pris place et qui ont été mises en valeur dans les décors du film : les Pays de la Loire (en particulier le Domaine national de Chambord) et l'Île-de-France[6], mais aussi les joaillers Van Cleef & Arpels, le CNC et le site myskreen.com[102]. On m'a dit qu'on y trouvait encore des souillons vivant dans des cabanes. Alors qu’on n’a trouvé personne, Peau d’Âne apparaît. Il était une fois Peau d'Âne Jean Marais, le Roi bleu, se penche sur le lit de Peau d'Âne. La sempiternelle ritournelle propre aux contes de fées, qui assure bonheur et stabilité au couple de héros, est ainsi remise en question[164]. C'est encore Hector Pascual qui est chargé de sa retouche : « Il avait fallu retravailler la peau. Peau d'âne est un conte de Charles Perrault (1628-1703), grand écrivain français, célèbre pour Les Contes de ma mère l'Oye racontés oralement jadis. Lui-même paraît profiter du complexe d'Électre de sa fille : jusqu'à ce que la Princesse reçoive les conseils de sa marraine, elle ne semble pas opposée à l'idée d'un mariage, et lors de leurs retrouvailles à la fin du film, la nouvelle que son père prévoit d'épouser la Fée paraît provoquer chez la jeune fille une moue de déception[10],[7].